Lettre de Pierre Boucher, colon établi à Trois-Rivières,
à son cousin Jean Moreau, demeurant à La Rochelle
Trois-Rivières, Nouvelle-France, le 12 septembre 1680
Mon cher cousin,
Je prends la plume pour te donner des nouvelles de notre établissement en ce beau pays de la Nouvelle-France. Voilà maintenant cinq années que nous avons quitté notre chère Saintonge, et je puis t'assurer que cette terre promise tient toutes ses promesses.
L'hiver, certes rigoureux au début, devient fort supportable une fois que l'on s'habitue aux bonnes fourrures et au feu de bois qui ne manque point ici. Les forêts sont si vastes qu'un homme pourrait couper toute sa vie sans en voir la fin ! La terre est généreuse : nos champs de blé donnent en abondance, et les légumes poussent avec vigueur durant la belle saison.
Les Sauvages du pays, quoique différents de nous par leurs coutumes, se montrent généralement paisibles depuis que les Pères Jésuites leur enseignent la vraie foi. Ils nous apprennent à chasser le castor et à survivre dans ces contrées, ce qui nous est fort utile. Le commerce des peaux nous permet de bien vivre, et plusieurs colons se sont enrichis par ce négoce.
Notre Seigneur le Gouverneur veille à notre sécurité et maintient l'ordre avec fermeté. Les terres sont distribuées généreusement aux nouveaux arrivants qui acceptent de les défricher. Mon voisin, arrivé l'an passé sans un sou, possède aujourd'hui quarante arpents qu'il cultive avec sa famille.
Si tu te décides à nous rejoindre, sache que les occasions ne manquent point pour un homme courageux. La Compagnie paie le passage et fournit des outils aux engagés. Dans trois ans, tu pourrais être propriétaire de ta propre terre, ce qui serait impossible en France où tout appartient aux seigneurs.
Je t'encourage vivement à faire ce voyage qui changera ta vie. Amène avec toi quelques familles de notre paroisse : plus nous serons nombreux, plus notre établissement sera prospère.
Ton cousin dévoué qui pense bien à toi,
Pierre Boucher